L’ostéopathie en France

Si jusque dans les années 90, la formation d’ostéopathe était réservée aux kinésithérapeutes, celle-ci a été ensuite ouverte aux bacheliers sans pré-requis médical ou para médical. Ce qui n’est pas sans conséquences pour la profession.

Les années 1960:

Dans le courant des années 60, plusieurs praticiens poursuivent leur formation avec un ostéopathe Anglais Denis Brookes, passionné d’ostéopathie crânienne et en 1964, font venir trois ostéopathes Américains (Harold Magoun, Viola Frymann et Thomas Schooley, tous élèves directs de Sutherland) pour enseigner les bases de l’ostéopathie crânienne.

C’est à partir de ces années que sont nés plusieurs collèges ostéopathiques et que le courant de l’ostéopathie pratiqué par des kinésithérapeutes a pris son essor.

Jusque dans les années 1980:

A cette époque, la plupart des ostéopathes sont des kinésithérapeutes. Ils apprennent l’ostéopathie et l’utilisent dans leurs cabinets pour améliorer leur efficacité thérapeutique.

Cette situation présente des avantages:

  • Kinésithérapeutes, ils possèdent déjà l’essentiel des bases scientifiques  de l’ostéopathie, notamment l’anatomie, la physiologie et de vaste notions de pathologie, le tout sanctionné par un diplôme d’état (DE).
  • Travaillant déjà en clientèle ils peuvent facilement mettre en pratique ce qu’ils apprennent dans leur cursus de formation.
  • Grâce à eux, le nom ostéopathie  se répand progressivement dans l’esprit du public.

Mais elle présente aussi quelques inconvénients:

  • Pratiquant l’ostéopathie sous couvert de la kinésithérapie, les patients assimilent, pour la plupart, ostéopathie et kinésithérapie, alors que ces deux professions n’ont rien en commun sur le fond.
  • Des milliers de kinésithérapeutes ont été formés à l’ostéopathie mais, parmi eux, bien peu deviennent véritablement ostéopathes.
  • Ils utilisent les techniques ostéopathiques comme de simples outils sans jamais s’engager vraiment dans la philosophie ostéopathique; ce qui dévalorise passablement la profession.


Une période difficile s’ouvre à la fois stimulante et difficile.

  • L’activité de pionnier apporte l’intense plaisir de la création et de la découverte. Les professionnels qui s’engagent dans cette voie sont animés d’une foi et d’une passion qui conduiront finalement à la reconnaissance de la profession d’ostéopathe.
  • Mais se déclarer ouvertement ostéopathe les expose à la vindicte de l’ordre établi (en l’occurrence, l’Ordre des Médecins) voyant ces tentatives d’un fort mauvais œil. C’est ainsi que de nombreux ostéopathes de cette époque sont traînés devant les tribunaux pour exercice illégal de la médecine.
  • Progressivement, cependant, l’ostéopathie devient de plus en plus connue et les mentalités évoluent progressivement vers l’acceptation de l’existence des ostéopathes qui savent, par ailleurs, se montrer efficaces dans de nombreux domaines d’aide à la santé et le font savoir.

A partir du début des années 1990

Des formations se créent destinées à enseigner l’ostéopathie à de simples bacheliers. Plusieurs conséquences en découlent, plus ou moins positives.

  • la formation pas toujours complète délivrée par ces établissements,
  • Le manque d’expérience clinique des étudiants  issus de ces formations (ils n’ont pas eu accès aux services hospitaliers).
  • ces jeunes praticiens n’ont d’autre alternative que d’exercer l’ostéopathie et elle seule,

2002 : La loi sur le droit des malades

En mars 2002 l’Assemblé Nationale vote la loi relative aux droits des malades  présentée par le ministre de la santé de l’époque, Bernard Kouchner.
Entre autre choses, cette loi reconnaît pour la première fois en France le droit d’exercer l’ostéopathie à des personnes n’étant pas docteur en médecine.
Mais cette loi ne précise pas:

  • les critères retenus pour accorder aux praticiens le droit de porter le titre d’ostéopathe,
  • les critères retenus pour les établissements d’enseignement de l’ostéopathie,
  • la durée des études, le nombre d’heures, ni le contenu des programmes.

Ces points doivent être précisés par les décrets d’application à paraître ultérieurement.

Après 2002,

La pratique de l’ostéopathie n’est donc plus illégale, mais dans l’attente des décrets précisant les modalités d’exercice et de formation des ostéopathes, une étrange situation s’est développée :

  • De nombreux praticiens se sont tout à coup découverts ostéopathes…
  • Le nombre de collèges de formation a soudain explosé.

Ainsi, bien que reconnue, la profession connaît l’effet pervers de la multiplication de praticiens dont les motivations et la formation sont parfois bien incertaines.

Les décrets d’application de Mars 2007 (enfin):

Il faut attendre mars 2007 pour que, sous la pression de groupes professionnels d’ostéopathes, les décrets précisant les points clés de la profession soient enfin publiés.
Mais ces décrets, conçus à la va-vite et sans tenir compte des demandes et recommandations des organismes professionnels (sous la pression sans doute d’autres groupe professionnels…), ni même des conclusions des experts mandatés par le gouvernement lui-même, présentent nombre d’incohérences et de limites, pour certaines totalement illogiques au regard de la philosophie même de l’ostéopathie.
Enfin, ils existent et la profession est aujourd’hui reconnue, légalisée, son enseignement presque organisé.
Mais, ces décrets sont sur nombreux points fort vagues et ne limitent pas le nombre de collèges de formation agréés (plus de 60 !), de sorte que la profession risque rapidement de se trouver saturée.
Plus grave : l’accès aux études n’étant limité par aucune exigence, le nombre de collèges aujourd’hui agréés ayant explosé, l’accès aux études d’ostéopathe est totalement libre, pour tout bachelier.
S’engagent ainsi dans cette profession nombre d’étudiants qui ne veulent pas affronter les difficultés d’accès à d’autres professions médicales ou paramédicales ou qui ont simplement au concours d’accès à ces écoles.
Parmi eux, beaucoup ne connaissent pas l’ostéopathie, ignorent tout de ses essentiels et voient cette profession comme un simple « job », un « job comme un autre », qui a plutôt bonne presse, ainsi que la réputation d’être lucratif…

Qui peut se dire ostéopathe aujourd’hui?

Toute personne ayant obtenu son agrément professionnel auprès de la DRASS (Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales) de son département d’exercice professionnel peut se déclarer ostéopathe.
Cela regroupe nombre de statuts différents.

  • les ostéopathes de formation initiale (formés après le bac),
  • les kinésithérapeutes formés à l’ostéopathie,
  • les médecins formés à l’ostéopathie,
  • toute personne ayant pu justifier auprès des DRASS d’une formation complète à l’ostéopathie,
  • toute personne ayant suivi un cursus complet de formation à l’ostéopathie et ayant satisfait aux examens de fin d’études ostéopathiques.

l’analyse sur la situation et l’historique de l’ostéopathie en France est largement inspiré du travail de mon ami et confrère Pierre tricot Ostéopathe DO

One comment

  1. très bonne synthèse, après la lecture de votre page je comprend un peu mieux les différents parcours des ostéopathes, personnellement je préfère remettre mon corps entre les mains d’un ostéopathe ancien kiné.

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